Balthasar, GRÜN naquit vers 1861 à Kirchhain, en Hesse (Allemagne). Il avait les cheveux roux.
Vers 1877, selon son propre témoignage, il s’installa à Paris. Grün exerçait comme sculpteur sur bois. Il s’agit peut-être du lieu où il rencontra son compatriote Otto Rinke, bien que la date d’une telle rencontre ne soit pas évidente. Il est aussi possible qu’il l’ait rencontré en Allemagne ou en Suisse.
Le 23 mai 1880, Grün participa à la manifestation menée à Paris en hommage aux morts de la Commune. Lors de cette manifestation, à la suite de la capture d’un bouquet d’immortelles par des policiers en civil, il fut frappé au visage et répondit en frappant les policiers en retour et en essayant de désarmer l’un d’entre eux qui les chargeait, lui et Henri Rochefort, avec son sabre. Arrêté, il fut passé à tabac au commissariat, selon son propre témoignage. Avec lui étaient aussi arrêtés François Jeallot, Eugène-Joseph Fournière, Antoine Étienne, Charles Fiaroni, Errico Malatesta, Apostolos Paolides, Gustave Bazin, Gabriel Deville, Alexandre Hérault, Léonard Dupaix, Henri Finance, Félix Dujardin, Léon-Hubert Bastide, Alexandre Colliot et Jules-Auguste Ardouin. Il prétendit être né à Cassel (Hesse) après son arrestation.
Grün reçut un arrêté d’expulsion dans les jours suivants et fut conduit en wagon cellulaire jusqu’à la frontière belge. Il passa à Londres, d’où il écrivit une lettre début juin au Mot d’Ordre où il critiquait la version des autorités en mettant en exergue les manœuvres policières lors de la manifestation. Dans cette communication, il annonçait être venu à Paris en 1877 depuis Rome, où il aurait étudié à l’Académie.
Il repassa en France et revint s’installer à Paris, sous pseudonyme, entre 1880 et 1881. Grün côtoya le cercle d’études sociales de Levallois-Perret et éventuellement le club international de Paris. Il signa, aux côtés de Rinke et de J.A Goosens, le mandat donné à Jean Miller pour représenter les deux groupes au congrès de Londres (1881). À cette période, malgré son jeune âge, il était une figure en vue au sein du mouvement allemand.
Après avoir entendu, depuis la fenêtre ouverte de son domicile aux Halles, une femme « de mauvaise vie », selon la presse, nommée Céline Renoux se vanter de l’argent qu’elle avait, il décida de la tuer et de la voler. Selon une partie des anarchistes allemands (surtout ceux opposés à la faction de Rinke lors de la Bruderkrieg), Rinke aurait planifié le meurtre, tandis que selon Jean Grave, l’affaire aurait été pensée par un anarchiste français soupçonné plus tard d’être un mouchard. Grave ne donna que la lettre P et mentionna que cet individu aurait été membre du cercle d’études sociales de Levallois-Perret, mais, en 1930, admit à Nettlau qu’il s’agissait d’un certain Pigeon ou Pichon.
En tous cas, le 28 février 1882, Grün se rendit à son domicile, prétextant une rencontre avec cette « femme galante », puis l’assassina en l’égorgeant avec une bouteille de champagne fendue, avant de voler l’argent qu’il put trouver (entre 1000 et 3000 francs) et s’enfuir. Malgré l’argent volé, elle avait placé la plupart de ses fonds à la banque quelques jours plus tôt, et il ne parvint à récupérer que cette partie d’une fortune estimée autour de 100.000 francs par la presse. L’argent de ce vol devait servir à des fins de propagande.
Lors de sa cavale, il fut hébergé quelques jours par Grave, à qui il fut recommandé par Jeallot sans le tenir au courant du crime. Son hôte se rendant compte de sa participation à l’affaire, Grün fut gentiment poussé vers la sortie par celui-ci, qui vint s’enquérir sur la date où il souhaitait quitter Paris. Grün reprit peu après la route de l’Allemagne, où il retrouva Rinke. Il emportait avec lui, depuis Paris, une série de formules cousues dans ses vêtements dont des croquis pour la fabrication de bombes à la dynamite, des formules pour la fabrication d’acide cyanhydrique (acide prussique) et des instructions sur la manière d’empoisonner les balles et la grosse chevrotine au moyen de l’acide cyanhydrique.
Grün fut arrêté quelques mois plus tard, début juillet 1882, à Cassel, tandis que Rinke fut pris à Darmstadt. Les formules dans ses vêtements — qui étaient les mêmes que ceux qu’il avait porté lors du meurtre de Renoux — furent trouvées par la police allemande. Il avait en sa possession de nombreux messages codés aussi. Les deux furent incarcérés à Hanau, dans la prison du tribunal de la ville (Fronhof, détruite depuis). Ils occupaient des cellules attenantes. Il travailla un temps dans l’écotonnage du tabac au sein de la prison.
Pendant les deux mois suivants, Grün donna une série d’informations à la police allemande qui l’interrogeait — sans doute pour essayer de négocier une remise de peine et/ou d’éviter d’être extradé vers la France, où sa participation au meurtre de Renoux devenait de plus en plus évidente pour les autorités. Il donna ainsi l’identité de Rinke et d’autres détails sur leur installation en Allemagne et la mise en place de groupes.
Malheureusement pour lui, cette stratégie n’eut pas l’air de fonctionner. Au début de septembre 1882, il apprit que la France réclamait son extradition et commença à être interrogé par la police allemande au sujet du meurtre de Renoux. Cela faisait aussi suite à sa prise en photographie et son envoi en France. La police française présenta la photographie mêlée à d’autres de personnes anodines, et l’identification fut partagée par les témoins. Sa trahison n’ayant eu aucun effet sur son cas, il choisit de se suicider. Au soir du 12 septembre 1882, il cria « Adieu » à Rinke, mais celui-ci pensa qu’il ne s’agissait que d’une salutation anodine et en fit peu de cas. Dans la nuit, Grün utilisa des bouts de ficelle qu’il avait pu récupérer dans les balles de tabac pour se confectionner une corde, et se pendre. Il avait 21 ou 22 ans au moment de sa mort.
Sa mort eut plusieurs conséquences immédiates. Elle fut utilisée pendant la Bruderkrieg, tout d’abord, par la faction de Most et de Victor Dave, pour mettre en cause Rinke. Dans leurs accusations, que John Neve partageait jusqu’à un certain point, Rinke aurait été d’une part derrière l’affaire de Céline Renoux, mais aurait été aussi celui qui aurait poussé Grün à se suicider, éventuellement après avoir donné des informations aux autorités allemandes pour le charger à sa place. Cette vision est critiquée par Andrew Carlson, qui note qu’au contraire, les dossiers de police allemands font plutôt état de l’inverse, c’est-à-dire du fait que Grün avait trahit Rinke.
De plus, il fut aussi repris comme image d’un martyr de la cause socialiste et anarchiste. Ainsi, la troisième section du Kommunistischer-Arbeiterbildungsverein, composée surtout d’anarchistes et qui se réunissait au Club Morgenröthe (23 Gable Street), affichait sur son mur, une inscription en lettres d’or disant « Ouvriers, souvenez-vous de vos martyrs ! » (« Arbeiter gedenkt eurer Martyrer ») au dessous de laquelle étaient écrits le nom de plusieurs anarchistes victimes de la répression, dont Grün, mais aussi Reinsdorf, Holzhauer, Küchler, Lieske, Stellmacher et Kammerer.
Dictionnaire international des militant·e·s anarchistes (DIMA)