Chauvin aurait été un indicateur actif au début des années 1880 dans les cercles lyonnais-genevois.
Selon le commissaire de police spécial du Rhône, Perraudin, il aurait été envoyé à Genève dont il serait revenu à Lyon au début du mois de décembre 1882. Pendant son séjour, il aurait rassemblé plusieurs informations, dont :
1. Les adresses, emplois ou présence à Genève d’un certain nombre de compagnons, plus précisément de Boriasse, Bresse (de Vienne), Bourdon, Coindre, Dejoux, Bonthoux, Valadier, Chazy, Jolly, Renaud (et son épouse) et Pocheron.
2. Le fait que plusieurs anarchistes seraient en train d’être envoyés pour mettre en place des cellules de propagande par le fait en Europe destinées à être redirigées vers la France. Il s’agirait de Bresse pour la Belgique, d’un compagnon non nommé pour l’Italie et de Dejoux, Romanas et Pocheron pour l’Espagne. De leur côté, Renaud et Boriasse resteraient en Suisse.
3. Une lettre de Renaud à Lauprêtre lui recommandant Chauvin et de lui donner des éléments en sa possession. Dans cette lettre, Chauvin était décrit comme un « jeune homme ». Il soutint aussi que Renaud aurait dissimulé de la dynamite sous les locaux du Progrès de Lyon dans le système d’égouts.
4. Des informations supposément reçues d’Herzig ou de Dejoux sur les attentats d’octobre 1882 à Lyon. Selon Chauvin, l’attentat du restaurant du théâtre Bellecour aurait été commis par un groupe composé, entre autres, de Madignier, Bruyère, Cyvoct et Morel. Ses informations étaient-elles vraiment fiables sur ce point (au moins), étant donné que Cyvoct ne paraît pas avoir été à Lyon le jour de l’attentat et qu’il sera par la suite acquitté de ces charges (et condamné à mort pour un article de journal) ?
De surcroît, il aurait participé à des discussions tenues secrètement avec Pocheron, Roche, Baudry, Sala fils, de Vienne, et Fabre, qui auraient cherché à mettre en place un complot visant à tuer le juge d’instruction Rigot, en charge d’une partie de la répression judiciaire visant les anarchistes et menant au « procès des 66 ». Deux plans auraient été élaborés, un premier proposé par Fabre aurait cherché à utiliser de bombes jetables, qui auraient été lancées dans sa voiture et un autre par Pocheron qui aurait eu plus ou moins la même idée mais avec des poignards. À terme, la proposition de Fabre aurait semblé plus intéressante car aurait permis aux membres du groupe de s’échapper plus facilement. Ils auraient tiré au sort entre eux pour décider des responsabilités dans le complot et Chauvin aurait été choisi pour se procurer des matières explosives à Genève, où il aurait été chargé de rencontrer Cherkessof et de lui présenter des signes conventionnels de reconnaissance donnés par Bordat avant qu’il ne se déplace.
Selon Perraudin, il aurait laissé se produire une partie du complot pour ne pas que Chauvin en soit exclu et remarqué comme indicateur. Il s’agissait sans doute pour lui d’amasser des éléments compromettants visant les anarchistes en question, dont il recommandait de toutes manières l’arrestation au plus vite.
Il ne fut pas relevé dans l’état récapitulatif des anarchistes du Rhône pour la période 1884-1887, ce qui est potentiellement notable. S’il était inclus dans des projets de propagande par le fait en novembre-décembre 1882, comme il le soutenait, on peut sans doute estimer que son appartenance supposée au mouvement anarchiste datait de plusieurs années, ce qui expliquerait la confiance qui lui aurait été donnée pour l’inclure dans de telles initiatives. On peut éventuellement modérer cette appréciation en remarquant qu’il aurait été appelé jeune homme (moins de 25-30 ans ?).
Dictionnaire international des militant·e·s anarchistes (DIMA)