Dictionnaire international des militants anarchistes
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LEMOINE, Albert, Louis
Né le 26 août 1876 à Paris (17e) - mort le 10 janvier (ou février ?) 1927 - Cheminot ; ouvrier serrurier - FRC - CGT – CGTU – CGTSR - Amiens (Somme) – Paris 19
Article mis en ligne le 28 mars 2008
dernière modification le 20 avril 2024

par R.D.

Fils d’un cheminot et d’une journalière, Albert Lemoine était l’aîné de cinq enfants et avait dut quitter l’école dès l’âge de 11 ans pour aller travailler et aider sa famille.

Après son service militaire au Tonkin (décembre 1895 à février 189), il entra en 1903 comme ajusteur outilleur aux ateliers d’Amiens de la compagnie des chemins de fer du nord et adhéra immédiatement au syndicat. Il fut l’un des principaux animateurs du courant syndicaliste révolutionnaire et fut élu au conseil d’administration du syndicat national des chemins de fer.

En 1909, il fut, avec Le Guennic, un des fondateurs du Comité de défense syndicaliste qui protesta contre l’exclusion d’Yves Bidamant. Le congrès de crise du Syndicat national des chemins de fer, tenu du 10 au 12 décembre 1909 à Paris, rétablit Bidamant dans ses droits et provoqua la démission de Guérard. Le congrès suivant, tenu du 13 au 16 avril 1910, vota le principe d’une grève générale des chemins de fer pour obtenir « la thune » (5 francs par jour). Le 17 juillet, un comité était désigné par le conseil d’administration du Syndicat national, pour décréter la grève au moment jugé opportun. Lemoine et Bidamant en firent partie.
Partisan du sabotage, ilavait notamment écrit en septembre au compagnon Gamard : “Que les camarades X, Z, fassent comme toi et nous aurons une grève révolutionnaire !”.
La grève fut enfin lancée en octobre 1910. Le 13octobre, Albert Lemoine fut arrêté par la police, avec la plupart des membres du comité de grève, dans les locaux de L’Humanité.
Emprisonné puis révoqué, Albert Lemoine, libéré le 24 mars 1911, adhéra au syndicat des métaux de la Seine. Quelques mois plus tard, il adhérait à la Fédération révolutionnaire communiste (FRC) et se voyait inscrit au carnet B en novembre 1911. il était également membre du Comité de défense syndicaliste des chemins de fer.

Mobilisé lors de la première guerre mondiale au 33e régiment d’infanterie territoriale, il fut affecté en avril 1916 dans une usine de matériel de guere au Havre. Opposé à la guerre, il soutint financièrement le journal Ce Qu’il faut Dire de Sébastien Faure et participa en 1918 à la fondation de l’hebdomadaire La Plèbe (Paris, 4 numéros du 13 avril au 4 mai 1918) dont le gérant était Alignier et organe de la minorité syndicaliste, libertaire et socialiste restée fidèle à l’internationalisme. Il semble avoir fait partie du premier parti communiste (Pericat ?) et avoir été, selon la police, le secrétaire du Soviet du 19e arrondissement où il résida toute sa vie.

Réintégré au réseau Nord en octobre 1919, il participa activement à la grève de mai 1920.

Le 13 octobre 1919, il divorça de sa femme Joséphine Bernard (épousée en 1901). Quelques mois plus tard, il se remaria à Paris 20e avec une militante syndicaliste de l’Habillement, Claudine Lemoine.

Militant des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) au sein de la CGT, il fut l’un des délégués au premier congrès de l’Internationale syndicale rouge à Moscou (3-19 juillet 1920) avec sa compagne Claudine qui était secrétaire adjointe du syndicat CGT de l’habillement de la Seine. Il exprima à ce congrès ses inquiétudes sur l’orientation prise par la révolution soviétique, inquiétudes dont il fit part dans un rapport au comité central des CSR et qu’il exprima dans les colonnes du Libertaire. Le 13 juillet, il écrivit à Monatte une lettre où il exprimait son malaise : “J’aime la Révolution russe, le prolétariat russe, particulièrement les ouvriers révolutionnaires, même quand ils sont communistes, ceux-là aussi, tout au moins ceux de l’opposition cachée, car ceux-là aussi souffrent terriblement de la dictature non de la classe ouvrière, même pas de leur parti en son entier, mais d’un comité central ayant tout l’appareil de l’État en mains.” Il y critiquait la répression contre les grèves de mars, contre Cronstadt, et la purge qui s’annonçait contre l’Opposition ouvrière au sein du Parti.

Après la scission confédérale, en décembre 1921, Albert Lemoine participa à la mise en place de la Fédération unitaire des métaux, dont le bureau fédéral fut assumé par Lucien Chevalier, Célestin Ferré et Théo Argence. Lemoine fut pour sa part élu à sa commission exécutive, où les syndicalistes pro-Moscou étaient majoritaires.

Le 17 février 1922, dans les colonnes du Libertaire, il dénonçait la répression dont les anarchistes étaient victimes en Russie et confirmait les informations transmises par A. Berkman et E. Goldman. Il écrivait notamment : " La raison d’État, au bénéfice d’un parti politique, s’affirme t il révolutionnaire, ne prévaut pas contre la vérité et l’honnêteté… Au cours de mes enquêtes, j’ai causé avec des gens de situation sociale et d’opinion différentes. La plupart s’entretenaient avec moi avec circonspection tellement ils avaient peur de la Tchéka. Malgré cela j’ai pu me faire cette opinion que la Dictature du prolétariat n’était même pas la Dictature du Parti communiste, mais celle d’un petit nombre de la tête du Parti et de son organisme à tout faire : la Commission extraordinaire”.

Après que les « syndicalistes purs » aient été battus au congrès CGTU de Saint-Étienne, la minorité constitua, à la mi-juillet 1922, un Comité de défense syndicaliste (voir Pierre Besnard), dont Albert Lemoine fut secrétaire adjoint.

L’année suivante il fut avec P. Besnard le délégué du Comité de Défense syndicaliste, dont il était le secrétaire adjoint, au congrès de fondation de l’Association Internationale des travailleurs (AIT) à Berlin (25 décembre 1922-2 janvier 1923). En 1923 il était le représentant du mouvement ouvrier français au Comité de secours aux anarchistes russes emprisonnés en Union soviétique.

Après que Ferré, Chevalier et Argence aient été poussés à démissionner du bureau fédéral des métaux, le 15 janvier 1923, Lemoine et ses amis furent pleinement rejetés dans la minorité. Lemoine se montra rapidement partisan de l’autonomie.
L’assassinat des ouvriers libertaires Clos et Poncet par les communistes, le 11 janvier 1924, poussa de nombreux syndicats à rompre avec la CGTU. Une réunion de la minorité des métaux vota, dès janvier, la rupture, par 48 voix contre 40 et 10 abstentions. Un syndicat autonome des métallurgistes de la Seine se constitua en février 1924, et Lemoine fut membre de sa commission exécutive. Il collaborait à cette époque au Libertaire quotidien notamment à la rubrique "L’action et la pensée des travailleurs". En 1926 il participait avec P. Besnard à la fondation de la CGTSR dont il fut l’animateur du syndicat des métaux.

Albert Lemoine est décédé à Paris le 10 janvier (ou février ?) 1927.


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