Dictionnaire international des militants anarchistes
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PASOTTI, Giuseppe
Né le 10 février 1888 à Conselice (Romagne) — mort le 21 avril 1951 — Mécanicien — FAI — USI — Milan (Lombardie) — Toulouse (Haute-Garonne) — Perpignan (Pyrénées-Orientales) — Tunisie
Article mis en ligne le 10 décembre 2008
dernière modification le 12 juillet 2024

par R.D.
Giuseppe Pasotti

Issu d’une famille qui avait participé aux luttes républicaines et anticléricales dans les États du pape (son grand-père était républicain, son père socialiste), Giuseppe Pasotti milita dès sa jeunesse dans le mouvement anarcho-syndicaliste. Antimilitariste fervent, il fut parmi les animateurs de la « semaine rouge » en 1914, puis fut arrêté en 1915 pour sa participation aux manifestations contre la guerre et incitation de jeunes appelés à déserter. En 1916 il s’installa à Milan où il adhéra à la section locale de l’Union Syndicale Italienne (USI) et l’année suivante fut poursuivi pour délit de presse. Le 18 janvier 1918 il fut condamné par le Tribunal militaire de Milan pour « incitation à la désobéissance et à la désertion » et fut interné à la forteresse d’Aoste jusqu’à la fin de la guerre. Pendant sa détention, sa compagne, Maria Bernardi, décédat de la grippe espagnole.

Ouvrier mécanicien, il devint en 1920 secrétaire syndical chez Alfa-Romeo à Milan. A ce titre, il fut en première ligne lorsqu’éclatèrent en Italie les mouvements populaires inspirés par la Révolution russe. Toutefois il n’adhéra pas à la IIIe Internationale et resta fidèle à son idéal anarchiste. Par la suite, il s’opposa au fascisme et, en 1924, il dut fuir Milan et échappa de justesse aux sbires du futur maréchal Balbo.

De retour dans la région de Milan, monteur-mécanicien au service d’une entreprise du nord de l’Italie (à Malnate, près de Varese), Pasotti voyageait grâce à son métier à travers le pays et conserva ainsi des contacts avec les camarades disséminés un peu partout. Mais les troubles provoqués par l’exécution de Sacco et Vanzetti le signalèrent de nouveau aux autorités du régime. Obligé de se cacher, il émigra clandestinement en France en 1929, d’abord à Paris. Après être aller travailler quelques mois en Allemagne en 1930, il s’installa avec sa nouvelle compagne, Maria Linari, à Toulouse, où il reprit ses activités militantes. Il fréquentait dans cette ville la librairie du professeur Silvio Trentin, personnalité très en vue de l’antifascisme italien. Cette librairie était le point de ralliement des émigrés italiens dans la région. Il fut l’un des correspondants des journaux anarchistes l’Adunata dei Refrattari qui paraissait aux USA et il Risveglio anarchico de Genève.

Arrivé à Perpignan en mai 1932, il centralisa, comme président de la Ligue italienne des droits de l’homme (LIDU) pour la région, les activités antifascistes dans cette partie de la France. Il géra une pension de famille, 3 rue Duchalmeau, qui hébergea de nombreux compagnons. En 1935, il fut avec entre autres Raniero Cecili, Ernesto Bonomini, Leonida Mastrodicasa, Luigi Damiani et de nombreux autres antifascistes italiens, l’objet d’une mesure d’expulsion, mais bénéficia sans doute d’un sursis, puisqu’e le 31 mai 1936, il participa à Chambéry au congrès de la LIDU. Dès juillet 1936 et pendant toute la durée de la guerre civile, il servit d’intermédiaire entre le mouvement libertaire espagnol et les compagnons italiens partant combattre en Espagne. Sa maison de la rue Grande-la-Réal devint le centre d’organisation et de passage de volontaires italiens vers la Catalogne (notamment de Centrone, Girotti, Bilfolchi, Perrone, Bonomini, etc.) Séjournèrent également chez lui Carlo Rosselli qui sera assassiné plus tard par les « cagoulards », le philosophe libertaire Camillo Berneri qui sera assassiné par les communistes en mai 1937 à Barcelone, le journaliste Luigi Campolonghi, animateur de la Ligue italienne des droits de l’homme, et bien d’autres.

En novembre 1936 la police le considérait comme l’un des principaux animateurs du mouvement libertaire dans les Pyrénées-Orientales. Il était alors membre du groupe de Perpignan de la Fédération anarchiste du midi et habitait 3 rue de Salmo. Ce groupe comptait, selon la police, « 25 membres, dont 21 étrangers (notamment espagnols et italiens) » et avait son siège au domicile de Louis Montgon Vérité, 13 rue Émile Boix. Selon la police il accompagnait jusqu’à la frontière à Port-Bou les volontaires italiens démunis de piéces d’identité.

Il mena une lutte acharnée contre le représentant consulaire italien qui résidait à Port-Vendres et qui était au centre des conjurations franquistes à Perpignan. Le consul fut déclaré persona non grata par les autorités françaises et expulsé. Suite à un attentat commis le 11 mars 1937 contre un train Marseille-Port Bou, Pasotti fut arrêté avec le militant espagnol Mechior Escobar y Moliner puis fut, impliqué dans une sombre histoire de détournement de correspondance (il s’agissait de lettres adressées à des militants franquistes dans un hôtel de la ville). Le 2 juin 1937 il fut condamné à trois mois de prison pour « violation de correspondance » par le tribunal de Perpignan. La Ligue des droits de l’homme avait chargé les avocats Louis Noguères et Léon-Jean Grégory de sa défense.

Expulsé en date du 19 août et recherché par la police, il se réfugia à Marseille. Une nouvelle fois arrêté le 19 septembre pour « infraction à l’arrêté d’expulsion » et après une brève détention, Pasotti resta caché pendant plusieurs semaines au Haut-Vernet, dans la maison de Louis Montgon et continua de se rendre régulièrement en Espagne et à participer à l’acheminement de l’aide entre Paris, Marseille, Nice et l’Espagne. Il put ensuite rejoindre la Tunisie au printemps 1938 grâce à l’aide des anarchistes de Marseille. Il reprit là-bas ses activités politiques et organisa un groupe de militants anarchistes en collaboration avec le journaliste et écrivain anarchiste Luigi Damiani, héritier moral d’Enrico Malatesta, qu’il avait fréquenté à Milan dans les années 1920, puis ensuite à Toulouse. Le 5 avril 1939, suite à un attentat contre une entrprise fasciste, il fut arrêté comme supposé complice, mais fut rapidement relâché.

Lors de l’invasion de la Tunisie par les forces de l’Axe, en 1943, il passa en Algérie. Toujours antimilitariste, il s’enrôla, malgré tout, bien qu’âgé de 55 ans et en assez mauvaise santé, dans les corps francs britanniques, mais en affirmant sa volonté de ne pas porter d’armes. Il fut ainsi nommé intendant et cuisinier du groupe de volontaires italiens.

A la fin de la guerre, il rentra en Italie et milita au groupe de la Fédération anarchiste italienne (FAI) à Villadossola (1946) et fut le délégué des groupes du Val d’Aoste au 2e congrès tenu par la FAI du 16 au 20 mars 1947 à Bologne. Chargé de réorganiser le mouvement libertaire dans la province de Ferrara, il s’intalla début 1948 à Pontelagoscuro, mais, déçu par la tournure prise par les événements dans son pays et vite marginalisé dans une situation politique qui n’avait plus rien de révolutionnaire, il retourna en Tunisie où il mourut le 21 avril 1951.


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