Dictionnaire international des militants anarchistes
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THIOULOUZE, Joseph
Né le 12 janvier 1873 à Moulin d’Allier (Haute-Loire) - Terrassier cimentier ; typographe - FCAR - Paris – Barcelone (Catalogne) - Bruxelles - Hollande
Article mis en ligne le 7 novembre 2015
dernière modification le 26 octobre 2023

par ps

En janvier 1896 Joseph Thioulouze, qui avait résidé à Lyon et s’était insoumis, était arrivé à Barcelone où il avait travaillé un temps à l’usine Portabella à San Andrés et où il fut arrêté à la suite de l’attentat de la rue Cambios Nuevos en juin 1896 (voir Tomas Ascheri). Au cours de son internement à Montjuich, il fut notamment fouetté pour, ne parlant pas espagnol, avoir réclamé un interprète. Dans une lettre publiée par Le Père Peinard, il racontait ce qui lui était arrivé dans un des cachots souterrains de la citadelle : « …On me fait déshabiller ; plutôt dire on me déshabille… les mains soigneusement liées aux deux poignets, les bras ramenés en arrière par une forte corde, à hauteur des biceps, après une quantité de tours qui on, t pénétré vivement dans les chairs. Le garde-civil, une forte cravache à la main, me dit : « Tu ne veux pas parler en espagnol ? Je te ferai parler avant que tu sortes d’ici ! »… Il me pleut une quantité de coups de cravache par les mollets, par les jambes et enfin de toutes parts ; au bout de cinq minutes je ne savais pas de quel coté était la plus forte douleur. On me fait de nouveau la demande, si je suis décidé à me passer d’interprète ? si je veux déclarer en espagnol ? Je fais signe que je ne peux pas, puisque je ne sais pas parler. Alors une autre fois recommence la séance : sur les deux cotés, sur les jambes… Voyant que je parlais pas, on me met le bâillon à la bouche. Une fois assujetti, d’une main la cravache, de la main gauche la corde qui le fixait le bâillon, la torture recommence une nouvelle fois et on me dit que si cela ne suffit pas, ils ont d’autres moyens, que je ne fais que commencer, que je ne sais pas ce qui l’attend… » Puis il dénonçait sa confrontation avec Aschieri, torturé à un tel point qu’il paraissait « un spectre qui ne me regardait même pas » auquel le juge voulait faire avouer qu’il avait vu Thioulouze dans une réunion secrète et où Aschieri « d’une voix morte » n’avait admis que l’avoir vu une fois dans une réunion « publique ».

Lors du conseil de guerre tenu en décembre 1896 à Montjuich, 8 des accusés - dont Tomas Ascheri, Luis Mas, Antonio Nogues, José Molas et Juan Alsina tous fusillés le 4 mai 1897 – furent condamnés à mort, 40 autres à 20 ans de prison et 7 à 8 ans. Thoulouze avait été condamné à 20 ans de détention, puis faute de preuves, Joseph Thioulouze avait été acquitté par la Cour suprême de Madrid avec Teresa Claramunt, Pedro Corominas et une cinquantaine d’autres inculpés.

En mai 1896 il avait été inscrit sur un deuxième État nominatif des anarchistes ou des individus considérés comme dangereux résidant ou voyageant en Espagne.

Après sa libération de prison, en mai 1897 et son expulsion d’Espagne, Thioulouze milita notamment en Belgique où il fut arrêté à Bruxelles le 3 septembre 1898 alors qu’il affichait des placards. Lors de la perquisition à son domicile la police avait saisi plusieurs lettres du compagnon Émile Louvigny. Il fut une nuvelle fois arrêté en novembre 1898 à Bruxelles avec Roger Druez (Armand Rodriguez ?) et trouvé porteur d’un grand nombre de placards écrits au polygraphe où l’on pouvait notamment lire : “Exécution d’une grande. L’Impératrice d’Autriche est occise. A qui le tour maintenant ? Ce n’est pas le dernier, il y a encore des mâles ici-bas. La race des Ravachol, des Henry, des Caserio, des Angiolillo n’est pas encore éteinte. Tant qu’il y aura une panse bourgeoise, il y aura un coutelas anarchiste pour l’éventrer. Bourgeois, crève ! Vieille société pourrie, disparait ! Nous sommes les jeunes, les virils, les insoumis, les révoltés. Nous n’accepterons pas tes mensonges, tes fourberies, ton odieux moule ! Puisque tu nous empêches de vivre en hommes, nous saurons du moins y mourir…”. En décembre 1898 il fut poursuivi avec le compagnon Armand Rodriguez pour avoir placardé ces affiches soutenant Luccheni, condamné en Suisse à la réclusion perpétuelle pour tentative d’assassinat de l’Impératrice d’Autriche. Il fut condamné à 11 mois de prison tandis que Rodriguez écopait de 13 mois.

A sa libération il alla en Hollande. En 1900 il travaillait comme typographe à Dordrecht (Hollande). Au printemps il avait été pressenti pour prendre la parole à Amsterdam dans un meeting de soutien aux persécutés de Montjuich, mais avait dû y renoncer, ayant été averti par les autorités qu’il serait expulsé s’il allait à Amsterdam et y prenait la parole (cf. Les Temps nouveaux, 9 juin 1900).
En 1903 il collaborait aux Temps nouveaux (Paris) où il donnait des comptes rendus des réunions en Hollande des groupes anarchistes et anarcho-syndicalistes.

Dans les années 1910 il était domicilié à Paris, 9 rue de la Harpe (Ve arr.) et travaillait comme ouvrier terrassier. Il était alors membre de la Fédération communiste anarchiste révolutionnaire (FCAR). Réformé n°2, il fut maintenu dans cette position en février 1915 et ne fut pas mobilisé pendant la guerre.

Au milieu des années 1920, il collaborait à L’Insurgé (Paris, 1925-1926) d’André Colomer.

Il s’agit sans doute du Thioulouze qui, lors du confrès de l’UA tenu à Pantin les 31 octobre-2 nobembre 1925, avait été nommé à la Comission d’nitiative (voir Odéon).


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